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La Digithèque

Le monde change, les Instituts s’adaptent : l'internationalisation de la science

La Première Guerre mondiale signe le début d’une période de rupture qui se poursuivra après le conflit, entre les scientifiques issus des pays alliés et ceux issus des empires centraux. Pour les conférences Solvay, par essence internationales, les conséquences sont lourdes.

Durant le conflit, Ernest Solvay refuse de mettre les bâtiments des Instituts situés au parc Léopold à la disposition de l’occupant allemand. Le geste est évidemment mal perçu par les autorités allemandes. Même si l’industriel belge ne cesse de répéter que « la science est internationale avant toute chose », les scientifiques allemands craignent que les Belges refusent toute collaboration future. De fait, les relations sont très tendues. L’armée allemande est accusée d’avoir commis des exactions sur le sol belge lors de l’invasion du pays. Dans le monde scientifique, la destruction de la bibliothèque de Louvain est vécue comme un véritable traumatisme.

La plupart des scientifiques allemands récusent toute responsabilité. Un manifeste en particulier va cristalliser les divergences d’opinions : l’Appel au monde civilisé, mieux connu sous l'intitulé Manifeste des 93. Dans ce pamphlet, 93 intellectuels et scientifiques, dont certains sont lauréats du prix Nobel mais aussi membres du Comité scientifique de l’institut de physique Solvay, réfutent toutes les accusations alors adressées à l’armée allemande et se déclarent solidaires de leurs forces militaires. Le pamphlet provoque un véritable choc en Belgique.

Paul Héger, alors ami intime d’Ernest Solvay, ancien recteur de l’Université libre de Bruxelles et administrateur de l’Institut international de physique Solvay, fait partie des nombreux désabusés. Il fait part de son indignation à Hendrik Lorentz, président du Comité scientifique de l’Institut, physicien néerlandais de renom dont le pays demeure neutre durant le conflit.

En mars 1916, Max Planck, signataire du Manifeste des 93, tente de se justifier auprès de Hendrik Lorentz. Ce dernier joue un rôle de médiateur entre scientifiques franco-belges et savants allemands pendant, mais aussi après la guerre. Sensible aux malheurs qui ont frappé la Belgique, Hendrik Lorentz s’appuie sur sa neutralité et tente d’aplanir les conflits entre les physiciens des deux camps. Son rôle de conciliateur permettra, grâce à l’accord de Solvay, d’éviter la dissolution de l’Institut de physique au lendemain de la Grande Guerre.

Le monde change, les Instituts s’adaptent : l'internationalisation de la science